L’égalité, promesse d’avenir

Réponse adressée aux AFC, le samedi 21 mai 2022

Bonjour,

Je vous remercie d’avoir sollicité mon sentiment sur les questions importantes que vous soulevez. Il est toujours préférable d’échanger plutôt que de laisser des incompréhensions s’installer. À ce sujet, je vous remercie de l’envoi de vos «44 propositions pour 2022».

Sauf erreur, à la lecture de ces propositions, je comprends que votre association milite pour une politique familiale forte, traditionnelle, voire nataliste, au motif que la famille est la cellule vitale de la société.

Je ne nie pas que la famille traditionnelle (papa, maman, enfants) peut être un lieu d’épanouissement et de bonheur : j’ai la chance d’être bien placé pour savoir qu’elle peut l’être ! Mais elle peut aussi être tout son contraire : un lieu de déséquilibre, de contrainte, voire de violence. Et, à l’inverse, des célibataires, avec ou sans enfant, ou des couples sans enfant peuvent être tout à fait heureux eux aussi.

Ce qui importe, me semble-t-il, ce n’est pas tant le type de structure. Ce qui importe vraiment c’est que chacun, et surtout chacune, soit libre et ait la maîtrise de ses choix. Nous en sommes loin. Aujourd’hui encore l’inégalité entre les hommes et les femmes est considérable. La sexualité contrainte, la dépendance économique, le machisme prédateur, les stéréotypes de genre sont autant de poisons qui font que la société ne va pas bien.

Donc, pour nous, l’objectif n’est pas de promouvoir la cellule familiale traditionnelle – pas plus que de la combattre, d’ailleurs. L’objectif c’est de corriger le déséquilibre actuel, c’est de faire en sorte que les femmes prennent toute leur place dans la société, que cessent les disparités salariales, qu’elles aient la maîtrise de leur corps et de leur sexualité, qu’elles ne soient pas en situation de dépendance, qu’elles ne soient pas considérées comme illégitimes dans certains métiers ou certaines fonctions, ou, au contraire, cantonnées dans d’autres.

Cette différence importante entre nos deux approches ne signifie pas qu’on ne puisse pas se retrouver sur certaines propositions. Ainsi il est bien sûr utile parfois d’aider un foyer par des accompagnements sociaux, psychologiques, conjugaux, mais il convient de le faire en prenant en compte d’abord l’intérêt de la femme, vers plus de maîtrise et d’indépendance.

On peut aussi, évidemment, se retrouver sur les efforts que vous préconisez pour préserver la planète. Nous approuvons toutes vos propositions (sauf la numéro 23), même si, bien entendu, elles sont loin d’épuiser le sujet de l’ensemble des transitions écologiques qu’il convient de mener d’urgence.

Sur les questions d’éducation nous divergeons. La société doit s’améliorer sur ce plan, mais je ne pense pas que nous y parviendrons juste en réactivant des recettes du passé (lecture syllabique, histoire chronologique uniquement, études du soir). De même je ne pense pas approprié de répondre à la question de la place des jeunes dans la société par l’extension des allocations familiales.

Désolé donc de ne pas pouvoir valider la plupart de vos propositions. J’espère juste que vous entendrez que notre propos n’est pas de dénigrer un modèle familial, mais simplement de répondre à l’urgent besoin de rééquilibrage sans lequel notre société continuera de claudiquer.

« L’égalité, promesse d’avenir »